
Nous vous proposons sur cette page, tout ce qui nourrit notre curiosité, participe à notre culture, agrémente nos loisirs, alimente nos réflexions et nos conversations : des essais, des romans, du cinéma, des documentaires, etc. Les documents ci-dessous présentent évidemment un intérêt par rapport à ce que nous défendons.
« Voilà ce que j’ai trouvé hier, en sortant du Musée Carnavalet. Tu vois, il s’agit d’un recueil de nouvelles. Il s’appelle La Dame à la Louve de Renée Vivien. C’est une auteure que j’aime particulièrement. Assis-toi ! ici, en face de moi, je vais te faire la lecture de ce qu’elle fait dire à son personnage.
- Je suis toute ouïe Mademoiselle Reine Azure, prenez donc ce thé que je viens de vous préparer.
- Merci. Alors voilà ce que dit son héroïne :
« J’ai si longtemps respiré l’air des forêts, l’air vibrant de neige, je me suis si souvent mêlée aux blancheurs vastes et désertes, que mon âme est un peu l’âme des louves fuyantes. »
« J’ai l’amour de la netteté et de la fraîcheur, continua-t-elle en un rire léger. Or, la vulgarité des hommes m’éloigne ainsi qu’un relent d’ail et leur malpropreté me rebute à l’égal des bouffées d’égouts. L’homme, insista-t-elle, n’est véritablement chez lui que dans une maison de tolérance. Il n’aime que les courtisanes. Car il trouve en elle sa rapacité, son inintelligence sentimentale, sa cruauté stupide. Il ne vit que pour l’intérêt ou pour la débauche. Moralement, il m’écœure ; physiquement, il me répugne…
J’ai vu des hommes embrasser des femmes sur la bouche en se livrant à des tripotages obscènes. Le spectacle d’un gorille n’aurait pas été plus repoussant. »
« Le plus austère législateur n’échappe que par miracle aux fâcheuses conséquences des promiscuités charnelles qui hasardèrent sa jeunesse. Je ne comprends pas, que la femme la moins délicate puisse subir sans haut-le-cœur vos sales baisers. En vérité, mon mépris de vierge égale en dégoût les nausées de la courtisane. »
- Alors, qu’en penses-tu ?
- Cela m’effraie, la nature de l’homme que je suis m’oppose à cette vision de mon genre. Et, pourtant la raison me fait reconnaître les propos de cette Dame. Il est vrai que nous sommes très nombreux à vouloir nous enivrer de jouissance et d’extase, et ceux, parfois avec tant de violence et de vulgarité. D’ailleurs, ces hommes à courtisanes ressemblent parfois beaucoup au genre de site Internet qu’ils visitent aujourd’hui. Le plus de sexe possible et des pénétrations nombreuses et improbables sont le lot d’un grand nombre de pages dont ils se délectent, éloignés de toute forme de douceur et de délicatesse. Le plus paradoxal c’est qu’ils sont incapables d’imaginer leur mère, leur sœur, leur femme ou leur fille dans les mêmes expressions extatiques.
Oublierait-on que les femmes ne sont pas nos ennemies ? Et qu’on a besoin de leur entière participation à toutes les joies que procure la vie ? Et que les leurres ne sont pas forcément les nôtres ? Et que nous devrions, nous autres, nous ouvrir davantage au cœur délicat de ces Fleurs de Grâce ?
J’aime la liberté des femmes et j’éprouve autant de plaisir qu’avec la mienne. Mon seul créneau est d’avoir du plaisir grâce aux vôtres, ma chère Reine Azure.
- Nous en sommes là, Mickaël ! car les hommes ont fabriqué le monde ainsi : ils créent des règles et des lois car ils savent qu’ils sont eux-mêmes capables de franchir les limites qu’ils interdisent aux autres. Ils refoulent au maximum leurs phantasmes avec lesquels ils restent très discrets, et augmentent ainsi leurs pulsions sexuelles tellement nihilistes.
Mais nous pouvons rêver d’un monde où les rapports humains seraient changés. Grâce à l’intelligence féminine, qui saurait calmer la bête qui sommeille en vous. Elles parviendraient enfin à conduire la destinée humaine vers de meilleurs horizons.
Ça, j’en suis convaincue. »

Un regard séduisant sur la façon dont les hommes ont créé la figure de la tentatrice et dont les femmes se sont emparées de sa représentation.
D’Ève à Madonna, en passant par Mata Hari, il y a toujours eu des séductrices dans l’esprit des hommes. Qu’elles soient attirantes ou menaçantes, dangereuses ou délicieuses, passives ou prédatrices, les hommes qu’elles rencontrent ne sont que glaise entre leurs doigts. Enfin, telle est l’image que véhiculent les mythes !
Lorsque les hommes se sentent menacés dans leurs prérogatives par des exigences féminines de plus en plus pressantes, les séductrices sont décrites comme des créatures cruelles. En revanche, lorsque la guerre des sexes marque une pause, elles deviennent synonymes de plaisir et de volupté. Lorsque les femmes ont gagné en indépendance, elles ont créé elles-mêmes leur image et proposé leur propre interprétation du désir masculin. Lorsque les droits leur ont été enfin reconnus, la séductrice est devenue un phantasme, et a pris une apparence dont les charmes varient à l’infini.
Dans cette exploration de la figure de la tentatrice, Jane Billingurst observe ses différentes occurrences dans la mythologie, dans l’Histoire, au cinéma, des premières pécheresses (Lilith et Ève) aux dominatrices incarnées par Mae West et Madonna. Entre ces deux extrêmes, nous sommes séduites par la charmante menace des figures mythiques (Pandore, les Sirènes ou Méduse), par les femmes d’influence (Cléopâtre), les vamps (Theda Bara et Marlene Dietrich), les bombes sexuelles (Jean Harlow) et un certain nombre d’autres créatures ensorcelantes.

« Publié pour la première fois en 1967, ce texte culte, maintes fois réédité, s’inscrit d’emblée dans la lignée des grands pamphlets qui ont marqué la pensée révolutionnaire de l’époque.
Scum – littéralement, la lie ou acronyme de Society for Cutting Up Men (Association pour tailler les hommes en pièces) – reste un texte d’une radicalité peu commune. L’homme, la femme, le pouvoir, l’argent, le travail, les rapports amoureux : rien n’échappe à Valérie Solanas dans sa critique de la réification. Trente ans après sa parution, Scum demeure un magnifique coup d’État verbal. »

